«Les femmes rencontrent globalement les mêmes problèmes que les hommes»

Texte : Andrea Noviello – PHOTOS : WSLA SAVERIO CHIAPPALONE


Distinguée lors de la deuxième édition du Monaco World Sports Legends Award, Michèle Mouton parle avec franchise 
de la situation des femmes en sport automobile.

Son nom n’évoque peut-être rien à la jeune génération, pas plus qu’il ne suscite la moindre once de fierté auprès d’une très grande partie de la gent féminine. Pourtant, du haut de ses soixante-dix printemps, Michèle Mouton peut se targuer d’en avoir plus fait pour l’image du «sexe faible» qu’aucune association féministe ne pourra jamais s’en vanter. Car celle que la presse allemande surnomma jadis «le Beau Volcan Noir » ne s’est pas contentée de deve- nir la première femme à remporter une manche du Championnat du Monde des Rallyes. Elle a surtout tordu le cou aux préjugés et balayé d’un revers de la main tous les autres stéréotypes rétrogrades en érigeant la femme au niveau des hommes dans un milieu exclusivement acquis à ces derniers. Répu- tée pour son caractère difficile, la Française aurait même pu décrocher la couronne suprême en 1982 sans une sortie de route en Côte d’Ivoire. Le destin lui avait préféré Walter Röhrl. Mais son aura en était sortie grandie. Élevée au rang d’icône de la disci- pline, «la Sorcière Blanche» pouvait dès lors quitter sans amertume un monde dans lequel jamais elle ne se serait imaginée du temps où elle aspirait en- core à devenir éducatrice pour enfants en difficulté dans le sud-est de la France.

Combattre les discours misogynes

Partie avec panache sur deux derniers coups d’éclat à Pikes Peak (1985) et au Championnat d’Al- lemagne (1986), la native de Grasse s’est ensuite longuement consacrée à sa vie de famille avant de répondre favorablement à une proposition du tout nouveau président de la FIA, Jean Todt. L’amour de la course avait, encore une fois, été le plus fort. Nommée à la présidence de la Commission des Femmes et du Sport en 2009, celle qui occupe éga- lement le poste de délégué à la sécurité en WRC ne cesse depuis de sillonner le monde, combattant avec autant d’abnégation que derrière le volant de sa bestiale Audi Quattro les discours misogynes de ceux qui n’estiment toujours pas les femmes en me- sure de rivaliser à la régulière avec leurs compères masculins. Encouragée par l’évolution des mentali- tés depuis son retrait de la compétition en 1986, la lauréate de la deuxième édition du Monaco World Sports Legends Award déplore toutefois qu’à l’instar des hommes, les femmes doivent réunir des budgets toujours plus conséquents pour espérer percer au plus haut niveau.

RÉTRO COURSE : Le Monaco World Sports Legends Award vous a décerné en 2017 un prix afin de récompenser non seule- ment l’ensemble de votre car- rière en rallye, mais aussi votre implication dans le dévelop- pement du rôle des femmes en sport automobile. Que signifie cette distinction pour vous ?

Michèle Mouton : Être considérée comme une légende est un véritable honneur. Quand on évoque le mot légende, on pense avant tout à ceux qui sont partis depuis longtemps (sourires). Recevoir cette ré- compense a été sympathique, mais cela n’a pas changé ma vie pour autant (rires).

RÉTRO COURSE : Depuis votre passage en Championnat du Monde des Rallyes (elle disputa cinquante manches en WRC entre 1974 et 1986, ndlr), rares ont été les femmes à percer au plus haut niveau. Comment l’ex- pliquez-vous ?

Michèle Mouton : On travaille beaucoup sur ce problème-là depuis que j’ai intégré la Com- mission des Femmes et du Sport de la FIA en 2009. Il ne s’agit pas tant d’un problème en soi, mais plutôt d’une constatation. Chez les hommes, la base de pilotes débutant en sport automobile est extrêmement large. Or, combien d’entre eux évoluent finalement au plus haut niveau ? Une vingtaine tout au plus. Quand on compare ce socle de départ à celui des femmes, la différence est bien évidemment énorme. Cela explique le nombre limité de femmes pi- lotes que l’on retrouve au som- met. Cependant, je constate avec satisfaction que les choses changent et évoluent dans le bon sens. Aujourd’hui, on a des filles dans pratiquement toutes les disciplines.

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Michelle MOUTON